Françoise Milewski (économiste et rédactrice en chef de La Lettre de l’OFCE), écrivait en 2005 : « Le temps partiel est devenu pour les femmes un mode d’entrée privilégié sur le marché du travail dans les années 1990 ; la progression des taux d’emploi est relativisée, voire annulée, si l’on raisonne en équivalent temps plein. Parallèlement, et conjointement, les structures familiales ont évolué. Les séparations ne sont plus l’exception, les familles recomposées sont plus fréquentes, les familles monoparentales – terme neutre pour désigner, dans neuf cas sur dix des femmes seules avec enfants - sont plus nombreuses, et les formes juridiques des unions ont changé. »

Lutter contre la précarité, c’est lutter pour l’égalité !

La question de la précarité se trouve au cœur du problème des inégalités entre les femmes et les hommes au travail. Si les femmes ne sont pas seules à subir la précarité, elles en sont beaucoup plus souvent et beaucoup plus fortement victimes.

Les carrières des femmes sont plus souvent discontinues, instables (CDD, CUI, dispositifs de retour à l’emploi,…), ce sont les ruptures de parcours professionnel ou personnel qui créent la précarité ou son risque.

D’après les chiffres du ministère des Droits des femmes, le taux de pauvreté des femmes de moins de 65 ans, en 2011, excédait de 1,3 point celui des hommes. Cet écart se creuse pour les 18-29 ans (avec 21 % pour les femmes et 17,7 % pour les hommes) et pour les 75 ans et plus (12,5 % pour les femmes et 8,5 % pour les hommes).

Une famille monoparentale sur trois est sous le seuil de pauvreté et 57 % des bénéficiaires du RSA (revenu de solidarité active) sont des femmes.

Ces difficultés se répercutent également sur les niveaux de retraites.

Encore une fois, on pourrait penser que les personnels dépendant du ministère de l’éducation sont plus et mieux protégé-e-s que les autres salarié-e-s de la précarité, de l’instabilité et des ruptures de parcours…

Ce serait oublier que ce ministère emploie 163 000 non-titulaires (90 100 personnels d’assistance éducative, 34 700 enseignant-e-s du 2nd degré public, 23 700 enseignant-e-s du secteur privé, 6 300 personnels administratifs, sociaux et de santé…). Chez les personnels enseignants non-titulaires, les femmes sont presque deux fois plus nombreuses (26 979 femmes contre 15 735 hommes), cela pourrait s’expliquer par la forte féminisation de ces métiers mais cette explication ne suffit pas puisque 2,2 % des enseignant-e-s sont non-titulaires, alors qu’elles sont 3,7 % chez les femmes. Et le pourcentage est encore plus élevé chez les dernier-e-s vacataires (61,4 % de femmes), le plus précaire des contrats de non-titulaire.

Le pourcentage de femmes augmente systématiquement pour les contrats les plus limités dans le temps et les plus mal payés, sur les 90 000 personnels d’assistance éducative plus de 60 000 sont des femmes, les CUI (Contrats Uniques d’Insertion) payés au SMIC horaire et presque tous à temps partiel sont aujourd’hui près de 70 000, ils occupent des fonctions d’accompagnement pédagogique, d’aide aux élèves handicapé-e-s ou d’aide administrative.

Il n’y a pas de données statistiques centralisées mais dans le bilan social de l’académie de Versailles, qui emploie en 2013 4 841 CUI, 4 539 sont des femmes, soit plus de 90 %…

La question des inégalités Femmes-Hommes est le plus souvent absente des réflexions sur la précarité, elle reste principalement l’objet des études sur le genre.

Cette question est pourtant très éclairante car elle met en lumière une des grandes difficultés du rapport des femmes à l’emploi, qui est que celui-ci est encore fondamentalement impacté par la responsabilité d’articuler les tâches professionnelles et les tâches familiales.

La lutte pour l’égalité et contre la précarité doit donc prendre en compte dans ses revendications les dimensions professionnelles mais aussi celles de l’organisation sociale de nos vies quotidiennes, le combat des femmes ne peut se concevoir comme celui des travailleuses uniquement, des précaires, ou des privées d’emploi, il doit être réfléchi et porté par toutes et tous comme un combat global pour gagner l’égalité des droits.

Références

— La Lettre de l’OFCE, n°263, 30 juin 2005 – Françoise Milewski

— Plaquette ministère des droits des femmes – CHIFFRES-CLÉS – Édition 2014

— Bilan social du MEN

http://cache.media.education.gouv.fr/file/20122013_Enseignement_scolaire/71/8/DEPP_Bilan_social_2012_2013_enseignement_scolaire_317718.pdf

— Bilan social de l’Académie de Versailles

http://www.ac-versailles.fr/public/upload/docs/application/pdf/2015-03/bilan_social_academie_versailles_2013.pdf

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